Taoufik Hachicha: La radio régionale en temps d’exception (Album photos)
Pas facile de diriger une radio régionale comme celle de Sfax dans une période aussi sensible que les années 1967 à 1975. Taoufik Hachicha, décédé le 27 janvier dernier à l’âge de 94, en a fait l’expérience. Il avait pris ses fonctions juste au lendemain de la grande défaite égyptienne et arabe de la guerre des Six-Jours, en juin 1967. Deux ans après, il abordera le déclenchement de la révolution libyenne du 1er septembre 1969, et accompagnera l’arrêt de l’expérience collectiviste, le 2 septembre 1969. Le tout-puissant ministre Ahmed Ben Salah sera alors limogé et arrêté. Dans la foulée survient le changement de cap politique et économique avec l’avènement du gouvernement Hédi Nouira, le 8 novembre 1970.
Pourquoi était-ce délicat pour le directeur de Radio Sfax? D’abord, parce que la station régionale était en fait très écoutée en Libye et jusqu’à l’Ouest de l’Egypte, ce qui lui conférait un rôle de porte-voix du gouvernement tunisien. Mais aussi parce que les instructions étaient souvent très vagues et qu’il fallait faire preuve de bon sens. Taoufik Hachicha, ancien chef scout, diplômé de l’Ecole tunisienne d’administration et longtemps passé par les services de l’information et de la Radio nationale, s’en acquittera sans la moindre bavure.
Un rôle pivot
Ses fonctions dépassaient en fait la direction de la station radiophonique. Il était également le président du comité culturel régional et le directeur de la revue littéraire Al Qalam, c’est-à-dire jouant un rôle pivot dans la vie culturelle et artistique dans la région. Au temps de la bibliothèque mobile, du ciné-bus sillonnant les localités rurales, des maisons du peuple, des troupes musicales et théâtrales régionales, des clubs culturels et autres formations d’éclosion de jeunes talents, il fallait rassembler les acteurs culturels et les faire passer dans toutes les structures.
Sfax, connue pour son activité éclectique, s’y prêtait et ne cherchait qu’encouragement et un milieu favorable. La radio, fondée par Abdelaziz Achiche, qui se déploiera sur tous les tableaux, jouera alors un rôle très actif. Lui succédant, Taoufik Hachicha devait poursuivre sur la même lancée, en consolidant les bases et en intensifiant le rayonnement. Huit ans après, il passera le flambeau à Mohamed Kacem Mseddi.
Saluer aujourd’hui la mémoire de Taoufik Hachicha est l’occasion de souligner la mission multiple que devait entreprendre à l’époque, sans le moindre filet de sécurité, un responsable radiophonique et culturel régional. Il devait donner le la. On n’écoutait pas seulement la radio, mais on y apprenait la position officielle des autorités et découvrait les talents. La déclinaison littéraire et artistique était immédiate sur toutes les scènes. Le rayonnement de la région, auquel Taoufik Hachicha aura largement contribué, en était le bénéficiaire.
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