News - 07.03.2026

Le doyen Sadok Belaid est décédé : l'érudition et l'ingeniosité de l'architecture instituionnelle

Le doyen Sadok Belaid est décédé : l'érudition et l'ingeniosité de l'architecture instituionnelle

L’éminent juriste tunisien Sadok Belaïd est décédé à l’âge de 94 ans. Il était né le 3 mars 1931 à Kalaa Soghira. Ancien vice-doyen de la faculté de droit et des sciences économiques de Tunis, il a été doyen de la faculté des sciences juridiques et politiques et de Tunis (1971 – 1977). Il a ensuite dirigé l’Université libre de Tunis et a enseigné dans plusieurs universités étrangères (États-Unis, France, Royaume-Uni, Italie, Maghreb, etc.)

Erudit, fin-connaisseur du droit constitutionnel, sachant choisir son verbe et aimant croiser le fer lors des débats, Sadok Belaïd était très apprécié par ses collègues et ses disciples. Le grand public le découvrira surtout au lendemain du 14 janvier 2011 et appréciera ses multiples propositions sur le système politique, le mode du scrutin et l’architecture institutionnelle.

Sa disparition marque la perte d’une des grandes figures du droit et de la pensée constitutionnelle en Tunisie. Universitaire d’exception, intellectuel rigoureux et citoyen engagé, il a consacré sa vie à la défense de l’État de droit, à la transmission du savoir et à la promotion d’une réflexion exigeante sur les institutions.

Au cours de sa longue carrière d’enseignant universitaire et de doyen, Sadok Belaïd a formé plusieurs générations de juristes, de magistrats, d’avocats et d’universitaires. Pour tous ceux qui ont croisé sa route, il restera un professeur passionné, animé par une foi profonde dans la mission de l’Université : former des esprits libres, capables de penser la cité et de défendre les principes du droit.

Spécialiste reconnu du droit constitutionnel, il fut aussi un intellectuel engagé dans les grands débats qui ont marqué l’histoire contemporaine de la Tunisie.

Dans les moments charnières que notre pays a traversés, sa voix s’est souvent élevée avec courage et indépendance pour rappeler l’importance des institutions, des libertés publiques et du respect des équilibres démocratiques. Très présent dans les débats politiques et constitutionnels en Tunisie, il a été membre de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique[, créée en 2011 sous la présidence de Yadh Ben Achour, et participera à plusieurs groupes de travail et commissions. Il sera chargé en mai 2022 de présider la commission consultative chargée d’élaborer un projet de Constitution pour la « nouvelle République ».

Au-delà de ses fonctions académiques et de ses responsabilités nationales et internationales, il laisse l’image d’un homme de conviction, attaché à l’idée d’un État moderne fondé sur la primauté du droit. Sa pensée, ses écrits et son enseignement continueront d’éclairer ceux qui œuvrent pour une Tunisie fidèle à ses aspirations de justice et de liberté.

Le doyen Sadok Belaid avait livré nombre de ses analyses à Leaders et contribué par des chroniques de fond à différents dossiers publiés notamment au sujet du code électoral et système de scrutin, l'organistaion des pouvoirs publics et la constitution.

La communauté universitaire et le monde du droit perdent en lui un maître. Mais son héritage intellectuel et moral demeure, vivant dans la mémoire de ses élèves, de ses collègues et de tous ceux qui ont été inspirés par son parcours.

À sa famille, à ses proches et à ses anciens étudiants, nous adressons nos pensées les plus sincères.