News - 28.03.2025

Retour sur une oeuvre et un parcours, le nouveau livre d'Hédi Bouraoui: Transculturalisme et francophonie

Hédi Bouraoui: Transculturalisme et francophonie

Il fallait bien publier ce livre, consécration d’un long parcours, d’une pensée innovante et d’une œuvre prolifique. Le talent littéraire en plus. Hédi Bouraoui partage dans un nouvel ouvrage intitulé Transculturalisme et francophonie, un récit de vie. Depuis son enfance, début des années 1930 à Sfax, à ses années d’études en France puis aux Etats-Unis d’Amérique où il avait commencé à enseigner, jusqu’à son établissement, il y a maintenant près de 60 ans, au Canada. Toujours à Toronto, toujours fidèle à son université, York. C’était en février 1966… Derrière cette douceur naturelle et cette sérénité inébranlable, Hédi Bouraoui a dû livrer d’âpres batailles pour mériter son rang, défendre ses idées, promouvoir la littérature maghrébine d’expression française, et porter sa voix, sa poésie, ses essais et ses romans aux quatre coins du monde. Au mieux, on connaissait des tranches de son œuvre. A présent, on découvre son témoignage.

Un livre pluriel, où tout fusionne. Un livre clé pour décrypter Bouraoui. 

Transculturalisme et francophonie
de Hédi Bouraoui
Editions Leaders, 2025, 494 pages, 45 DT
En librairie et sur www.leadersbooks.com.tn

Le lire, c’est se ressourcer !

Tricontinental (Africain, Européen et Nord-Américain), trilingue (l’arabe, le français et l’anglais) et transculturel, Hédi Bouraoui ne cesse de nous interpeller. Poète, romancier, essayiste et universitaire, il a donné à la francophonie une expression plurielle et mis en exergue ses auteurs, jadis très peu connus.  Établi à Toronto (Canada) depuis près de 60 ans, demeurant fidèle à «son» Université, York, pionnier du Stong College, publié dans plusieurs langues, il a toujours «choisi de vivre dans les mots, au cœur d’alphabets inconnus». 

Bio express

Hédi Bouraoui est né le 16 juillet 1932 à Sfax. Il a obtenu les deux parties du baccalauréat au Collège Maréchal Lannes, Lectoure (Gers), puis une Licence d’anglais à l’Université de Toulouse. Ayant décroché une Bourse Fulbright des États-Unis, il a obtenu une maîtrise en littérature anglaise et américaine à Indiana University, et un doctorat en littérature française, anglaise, américaine et italienne à Cornell University, New York. Ce qui lui a permis d’occuper un poste de professeur à l’Université York, Ontario, Canada, où il exerça plusieurs fonctions administratives et finit par être nommé «Écrivain en Résidence à Vie».

Écrivain prolifique, il a publié 28 recueils de poèmes, 3 livres de «Narratoèmes» (nouveau genre qu’il a créé), 16 romans dont 9 ont été traduits en italien, anglais, allemand, 12 livres d’essais. Sa poésie a été traduite en plusieurs langues dont l’arabe, le bulgare, le macédonien, le chinois… Son œuvre a remporté plusieurs prix dont le Comar d’Or pour La Pharaone, le Grand Prix de la Ville de Sfax pour Retour à Thyna, le Meilleur ouvrage d’érudition de l’année décerné par l’Apfucc (Association des professeurs de français des universités et des collèges du Canada) pour Transpoétique: Éloge du Nomadisme.

Il est membre à vie de la Société Royale du Canada (Académie des lettres et des sciences humaines),

Membre de l’Ordre du Canada,

Officier dans l’Ordre des Palmes académiques (France),

Et Citoyen honoraire de deux villes italiennes : Acquaviva delle Fonte (Puglia) et Orbetello (Toscana).

Son parcours est distingué. Son œuvre est immense. Ses concepts sont novateurs et son sourire est ineffable.  

La force de son verbe n’a d’égale que la puissance de ses images, l’ingéniosité de ses métaphores, et la magie de ses néologismes.

Cet ouvrage inédit, que les Éditions Leaders ont le privilège de publier, est une traversée croisée, rédigée par Hédi Bouraoui lui-même en récit de vie, évocation d’œuvres et retour sur des moments forts.  C’est le livre que j’ai tant rêvé de publier. J’ai dû patienter près de cinquante ans pour m’en acquitter. 

Mes relations très étroites avec «Sil Hédi», amicales au début, puis rapidement devenues fraternelles, remontent à 1970. Encore lycéen à Sfax et jeune journaliste (correspondant de La Presse), j’avais fait sa connaissance lorsqu’il était rentré du Canada, en vacances chez lui, comme à chaque été. Attablé en fin d’après-midi à la terrasse de l’hôtel Mabrouk (aujourd’hui Place Marburg), caressant d’un regard nostalgique et rêveur l’imposant Hôtel de Ville, et ravi de voir des jeunes déambuler dans ce fameux «Cent-mètres», unique promontoire, il se plaisait à sentir le parfum inégalé de son mechmoum de jasmin, deviser avec parents, amis et d’autres qui le deviendront. Ce «Cousin d’Amérique» baignait dans un pur bonheur, kiffait et fascinait. Le rituel est resté immuable jusqu’à ces dernières années. Sa passion fusionnelle pour sa ville natale demeure à ce jour encore plus vive. Il la déclame en poèmes, en romans, en essais, chevillée au corps, gravée dans l’âme.

Il m’avait offert ses premiers ouvrages: «Créaculture»… J’en ai rendu compte, brièvement, dans La Presse, autant que j’en décryptais les mystères.

Nous nous reverrons ensuite à Paris, moi étudiant et stagiaire à Jeune Afrique, lui de passage, tous deux hôtes de son frère Jélil. De modestes traces en restent dans le magazine panafricain. Puis, à Tunis, à chacun de ses retours. J’irai le voir en 1983 à Toronto, fier d’assister à la cérémonie de sa réélection en tant que Doyen du Stong College. Pris dans les préparatifs, il dépêchera sa fidèle «compagne et complice» Elizabeth Sabiston, à qui ce livre doit beaucoup, me chercher à l’aéroport pour me conduire dans sa voiture de couleur rouge vif (alors inhabituelle) à sa résidence au Bayview Village. La cérémonie fut grandiose et nos retrouvailles émouvantes. J’étais curieux de découvrir son royaume : le campus de York, son bureau, ses lieux de vie, ravi de voir cet «Oncle» en toge rouge, si respecté, si haut placé, régnant par le mérite sur ce temple du savoir.Hédi Bouraoui n’a jamais obtenu le moindre privilège. Depuis sa prime enfance à Moulin-Ville, l’Ariana, à Sfax, jusqu’aux grands honneurs académiques et littéraires, dans de nombreux pays, de prestigieux prix et hautes décorations, il n’a bénéficié d’aucun appui, sauf celui de son talent, de son exemplarité, de son indépendance. 

Resté toujours digne, humble, simple et souriant, Hédi Bouraoui n’a livré ses états d’âme qu’au fil de son œuvre: palpitante, remuante, profonde. 

Cet ouvrage nous en offre une belle illustration. Il a l’avantage de restituer en séquences successives une pensée, des valeurs et un ressenti.Pour avoir côtoyé Hédi Bouraoui depuis si longtemps, je croyais le connaître. Je ne fais que le découvrir, à travers ce livre. Il nous introduit dans son intimité intellectuelle et «professionnelle», partage avec nous ses sentiments francs et sincères, laisse libre cours à ses sensations, et témoigne. 

Lorsque sa voix me vient le soir (décalage horaire) au téléphone depuis Toronto, j’y reconnais le même timbre, la même vivacité intellectuelle, la même passion pour son pays natal, la même bonté, celle de ses parents, de ses frères et sœurs… 

Hédi Bouraoui est très attachant. Le lire, c’est se ressourcer!.

Toufik Habaieb



 

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