News - 20.01.2026

Abdellaziz Ben-Jebria – Mes périples et maisons : lieux et souvenir

Abdellaziz Ben-Jebria – Mes périples et maisons : lieux en souvenir

Par Abdellaziz Ben-Jebria - Après la Tunisie, de Paris à Bordeaux en passant par Gentilly et Thiais avant d’atterrir finalement à "State-College" au centre de la Pennsylvanie américaine, est un tour d’horizon, dans l’espace et dans le temps, des lieux de résidences qui m’avaient accueilli au cours de mes quarante ans de périples, avec ma gueule de métèque-tunisien-errant ; une expression, légèrement modifiée, qui me convient bien lyriquement, que j’assume personnellement, et que j’aimais l’entendre vibrer tendrement dans la douce voix de Georges Moustaki la chantant mélodieusement.

Alors commençons par le commencement avec le petit studio qui m’a abrité le premier, le 27 septembre 1971, en France, et dans lequel j’avais passé toute ma jeunesse à la fois prolo-ouvrière et estudiantine. Il se trouve encore presque inchangé tel quel au rez-de-chaussée dans l’adorable impasse, du 29 rue Buffon du 5ème arrondissement de Paris, qui était et qui demeure toujours, sans aucun doute, mon quartier parisien préféré. Avec le Jardin des Plantes, juste en face, je ne faisais que le traverser presque tous les jours pour suivre mes cours universitaires au campus de Jussieu où s’étaient implantées mes deux universités scientifiques, Paris-7, renommée Paris-Diderot (1er et 2ème cycles), et Pierre et Marie Curie ou Paris-6 (3ème cycle).Comment pourrais-je oublier les quelques années d’alternance quotidienne entre le calme reposé de mon impasse adorée, la traversée lyrique du Jardin des Plantes écologique, et le bourdonnement monotone de mon campus universitaire de Jussieu ? C’était en effet dans ce village particulier que j’avais trouvé un équilibre dosé de ma vie quotidienne d’étudiant-travailleur ; et c’était dans cet arrondissement prestigieux que j’avais eu l’agréable sensation de m’épanouir progressivement dans ces deux environnements prolétarien-et-estudiantin intellectuellement gauchisants et politiquement convergents, mais quelques fois divergents.

Et comment ne pas glorifier mon quartier favori, quand on sait que c’était dans ce 5ème arrondissement de Paris que la science, l’ingénierie, la littérature, et la philosophie rayonnaient au sein de ces institutions publiques renommées, avec des esprits humains penseurs, créatifs, et inventifs, parmi eux de nombreux lauréats du prestigieux Prix Nobel.Mais ces quelques années passaient très vites, et le moment fut arrivé pour faire mes adieux à mon impasse regrettée. C’était quand je me suis marié. Il m’était alors inconcevable de continuer à vivre inconfortablement avec ma jeune compagne, dans un petit appartement que j’adorais, mais qui était tout de même insalubre, sans chauffage, sans douche juste un lavabo ; même les toilettes, communes pour tous les voisins du rez-de-chaussée, étaient dehors dans l’impasse ouverte au ciel.

Gentilly était notre nouvelle destination et notre premier lieu de résidence en couple. Mais, au bout d’un an, au 76 rue d’Arcueil, nous avions été malchanceux, car ma compagne avait eu une interruption spontanée de grossesse (fausse couche) dans ce petit studio qui était pourtant assez confortable, bien que se trouvant en dessous d’un beau pavillon surélevé.Quelques mois après ce triste évènement, nous avions pu dénicher un beau petit appartement localisé, toujours à Gentilly, au 65 avenue Paul-Vaillant-Couturier. Son propriétaire, un ébéniste de métier, l’avait joliment aménagé en boiserie, au 5ème étage, dans un vieil immeuble avec ascenseur. Il était et il est toujours pratiquement situé à quelques centaines de mètres de la Cité Internationale Universitaire et du Parc Montsouris où on pouvait déambuler pendant les weekends. Mais cette fois-ci, le joli petit appartement était notre porte bonheur, puisque deux ans après le mariage, notre première et unique bichette est née un jour avant mon anniversaire. Mais comme un évènement heureux ne vient jamais seul, j’avais obtenu, un an plus tard, non seulement mon permis de conduire, mon doctorat de 3ème cycle en Biophysique, mais aussi et surtout un post permanent de chercheur scientifique à l’Institut National de la Santee et de la Recherche Médicale (INSERM). Inutile de préciser que nous avions vécu dans ce mémorable petit appartement quatre années de vrai bonheur, à trois.   Ensuite, c’était le tour de Thiais de nous accueillir dans un grand appartement, six mois après m’être recruté à l’INSERM. C’était dans une résidence, nouvellement bâtie sur la rue des Douviers, pas loin de la gare de Choisy-Le-Roi dont le train m’amenait convenablement à la gare d’Austerlitz pour continuer à pied jusqu’à l’Hôpital Saint-Antoine où je travaillais au sein de l’Unité de Recherche de Physiopathologie Respiratoire, INSERM (U68). Mais, ce quartier de Thiais n’était pas à mon goût, surtout après ceux de Paris et Gentilly. Nous y étions restés trois ans où nous avions eu notre premier fiston, presque quatre ans après sa sœur.

Puis, n’étant pas d’accord avec la nouvelle destinée de mon Unité INSERM (U68), j’avais demandé et obtenu ma mutation au Laboratoire de Physiologie à l’Université Biomédicale de Bordeaux. Ma décision était motivée par le fait qu’on avait voulu transférer l’U68 à l’Hôpital Henry Mondor (Créteil) pour être dirigée par un hospitalo-universitaire qui cherchait à booster sa carrière ; une sorte de manigance politique, au moment du départ à la retraite de ma patronne (Directrice de l’U68).Je dois d’emblée avouer que je considère Bordeaux comme l’une des plus belles villes de France, peut-être même la plus belle, si on ajoute le bonus de ses vignobles que j’adore presqu’aussi bien que les oliviers de ma mère. D’ailleurs, si elle ne mérite pas le titre Miss ville-France, pourquoi l’aurait-on inscrite, depuis 2007, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ? En évoquant ses jolis vignobles, j’aimerais mentionner que nous avions eu la chance d’acheter un bel appartement situé justement dans le quartier des Chartrons, ancien fief historique des négociants du vin. C’était l’un de mes quartiers favoris de Bordeaux où l’attractivité, la convivialité, et l’art de vivre se combinaient merveilleusement. Se trouvant au coin de l’avenue Emile Counord et de la rue Frédéric Bentayoux, avec l’appellation "Les Nouveaux Chartrons", la résidence de notre appartement était d’ailleurs bâtie à l’endroit d’un vieux chai en ruine.

Que dire de cet appartement qui nous a logés pendant huit années de vie à Bordeaux ? À vrai dire que du bien à la fois familial, social et professionnel. D’abord, la naissance de notre deuxième et dernier fiston, quatre ans et demi après son grand frère, et un peu plus d’un an après notre débarquement à Bordeaux, était notre heureux évènement familial. Ensuite, la soutenance de la thèse de mon second Doctorat, ès-Sciences d’Etat, avec des conséquences promotionnelles, était notre célébration professionnelle. Puis, et surtout, l’épanouissement de notre intégration sociétale était au comble de la joie au sein de cette belle et élégante ville qui nous avait permis de trouver notre affinité sociale avec nos bons amis de toujours, d’origines parisienne, lyonnaise, ardéchoise, landaise et bien d’autres, mais aussi bordelaise. C’était notre meilleur et mémorable souvenir de ce dernier périple français, avant notre lointaine expatriation outre-Atlantique.    

Je pensais, pourtant passer une seule année sabbatique aux Etats-Unis d’Amérique, comme tout jeune chercheur qui souhaitait approfondir ses connaissances et gagner plus d’expériences pour progresser dans ses démarches intellectuelles afin d’innover dans ses thématiques de recherches professionnelles. Seulement, voilà que le bon hasard m’avait retenu presqu’un quart de siècle à "Penn State University", un des plus beaux campus universitaires américains, situé au nombril de l’Etat de la Pennsylvanie centrale et rurale autour duquel était né "State College", le village familial, devenu rapidement une petite ville, où vivent presque tous ceux et celles qui étudient et travaillent dans cette grande université fréquentée, de nos jours, par près de 100 mille étudiants.

Le campus universitaire, appelé "University Park", se compose à lui-seul d’un aéroport, de petites industries, d’un grand terrain de golf, des arènes de sports, et d’une grande salle de spectacle, en plus de ses classiques bâtiments académiques et de ses dortoirs et restaurants estudiantins. Fondée en 1855, comme un college supérieur d’agriculture, l’université avait été rebaptisée, en 1874, sous le nom de "The Pennsylvania State University" ou "Penn State" tout court, pour étendre son curriculum à toutes les disciplines imaginables qui attirent un grand nombre d’étudiants d’horizons diversement variés, ethniquement mosaïqués, et joyeusement bigarrés.

Et avec le voisin "State College", village exclusivement résidentiel, il était bon de vivre en plein milieu de cette belle Pennsylvanie centrale, orgueilleusement rurale mais modestement urbaine, et joliment multicolore, avec ses feuilles mélancoliquement automnales, limpidement blanches, avec la neige hivernale, et abondamment verdoyante, même en pleine chaleur estivale. C’était donc dans ce lieu familial calme et reposant, loin des brouhahas des étudiants du campus universitaire, que notre grand appartement était situé, au 804 Stratford Drive, faisant partie d’une petite résidence à deux étages, et s’appelant "Amitie Residence" au sein de laquelle nous étions paisiblement logés pendant près de vingt-cinq ans.

Comment ne pouvait-on pas être heureux, avec un hasard qui nous avait parachutés au milieu de la joliesse forestière de la Pennsylvanie accueillante et sa gracieuse nature pendant le belle saison d’automne, avec une courte durée de douceur climatique, avec une coloration de feuillage qui atteignent, au milieu du mois d’octobre, un embellissement merveilleux de la forêt environnante ; un assortiment de couleurs nuancées allant du jaune pâle, en passant par un jaune dorè, et en progressant vers l’orange, le rouge et au-delà, pour finir avec des feuilles mélancoliquement mortes par terre. D’ailleurs, ce n’était pas par hasard qu’on avait surnommée cette Pennsylvanie centrale "The Happy Valley" (la Joyeuse Vallée).

Enfin, c’était en 2010, l’année de ma retraite, dans cette joyeuse Vallée, que mes périples professionnels ont pris fin. Et c’était là que j’avais fait mes adieux à mon adorable Pennsylvanie adoptive, tout en la remerciant chaleureusement pour ce qu’elle m’avait offert comme enchantements familiaux, avec les réjouissements des enfants avant de poursuivre les succès de leurs carrières professionnelles, et comme ravissements de mon propre métier de recherche avec mes deux meilleurs amis et proches collègues américains, Jim et John que j’avais revus depuis, et j’espère les revoir encore dans cette merveilleuse Pennsylvanie Centrale, rien que pour ses sympathiques Amish et leur produits biologiques, rien que pour la verdoyance estivale de sa campagne, rien que pour la coloration automnale de ses feuilles d’arbres, et rien que pour la blancheur hivernale de sa neige ; je la reverrai surtout, à "State College", pour mes retrouvailles avec mes amis de toujours ; et je la reverrai encore, à "Penn State", pour son immense foule estudiantine, ethniquement mosaïquée et joyeusement indifférente.

Abdellaziz Ben-Jebria

 

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