Tahar Bekri: Saule majeur
Comme un saule sur les berges
Tu ne peux retenir le cours de l’eau
Ni la fuite des années qui passent
Ta compagnie la rumeur des flots
Ce n’est pas un nuage qui couvre
Ton horizon
Mais la raideur des branches qui cassent
Dans la froidure, l’hiver si long
Tu le sais parfois à ton seuil
Résonnent des voix de passants
Ou surgissent des oiseaux consolant
Les demeures par leurs chants
Courbé là dans l’attente des saisons
Tu ne sais si le monde est à pleurer ou bénir
Penché sur le reflet des surfaces
Tu te demandes qu’est-ce qu’il y a au fond
Est-ce le cri que tu étouffes
Parmi les feuilles qui tombent
Qui te rappelle le nom de la terre
Que tu n’as pas vue depuis longtemps
Elle est loin la chanson que tu entends
Comme une envolée haute
Ailes déployées dans les airs
Par-dessus les rochers menaçants
Sais-tu si la sève des jours nourrit
Ton écorce qui mue pour grandir
En dépit des torrents
Ou si ta hâte veut rejoindre l’océan
Ta plume prise dans les bois morts
Rêve de limon pourtant
Combien faut-il de radeaux à la rivière
Pour se séparer de la source et séduire le pont
Comment dire au magnolia si près
D’où te vient cette éclosion soudaine
Quand tout alentour est silence nu
Sans robes festives ni bourgeons
Pourras-tu accueillir le soleil
Qui se lève
Exténué de la nuit fauve
Brillances d’étincelles grondements de tonnerre
Toutes ces filantes dans les bras du désert
Dormant la planète jamais sevrée
Des guerres ni des monnaies sonnantes
Les Humains blessant terre et firmament
Tu voudrais voir revenir les cigognes
Sur les toits des passages
Leur dire emportez mes nuages
Loin des crépuscules loin des brumes
La vie comme un songe
Se révélant chaque jour
Porte-clés aux anneaux de lumière
E t ouvrir les portes à l’élan
© Tahar Bekri
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