News - 12.02.2026

Boubaker Ben Jerad: Le dirigeant sportif connaisseur

Boubaker Ben Jerad: Le dirigeant sportif connaisseur

Boubaker Ben Jerad, longtemps secrétaire général de l’Espérance sportive de Tunis, trésorier et vice-président de la fédération tunisienne de football (FTF) est décédé mercredi 11 février 2026à l’âge de 90 ans. Son parcours sportif éloquent a été restitué par Mohamed Kilani, en 2011, dans son dernier Guide-Foot. Voici son portrait intégral.

Il a été joueur, dirigeant de club, secrétaire administratif de la FTF avant de devenir membre fédéral respectable et crédible. Bouhaker Ben Jerad a même trois appartenances sportives: Stade Populaire, Métouia et Espérance, ce qui l'a prédisposé à une responsabilité nationale.

Né le 14 février 1936 à Tunis, il est l'aîné d'une famille originaire de Métouia, qui se stabilisera à sept enfants. Au quartier de Tronja, ce fils d'un ouvrier au Transport prend le plaisir de s'adonner au jeu, à Kallaline notamment, en compagnie de Mohieddine Zguir et Mustapha Hamdani qui feront parler d'eux plus tard. Les études primaires à Sadiki puis secondaires au lycée Alaoui rassurent le géniteur quant à l'aptitude de son fils à concilier entre l'essentiel et l'accessoire. Et lorsque le football finit par passionner le jeune Boubaker, c'est Manoubi Ben Said qui l'enrôle avec ses copains au Stade Populaire. C'est un autre rapport à la vie qui commence permettant à Boubaker Ben Jerad de se socialiser sur des bases solides. Sur le terrain, il ne cherche pas à se spécialiser, ce qui ne le favorisera pas mais sa détermination lui permet de progresser avant de suivre un mouvement collectif: rallier la Jeunesse Sportive Métouienne dès sa création. Cela coïncide avec ses débuts chez les seniors. Boubaker Ben Jerad côtoie désormais des joueurs talentueux dont le plus illustre est Farzit, un virtuose hors-pair.

Pendant deux ans Boubaker Ben Jerad et la Jeunesse sportive de Metouia sillonnent la Tunisie fraîchement indépendante montrant un football chatoyant et spectaculaire. La 5ème place en 1957 démontre la compétitivité du groupe malgré l'indigence des moyens matériels. Boubaker Ben Jerad et ses compères jouent les trouble-fêtes, titillant les prétendants au titre.

La saison 1957-58 enregistre en revanche une baisse de régime, l'effet de surprise ayant disparu. Mais de manière imprévisible Boubaker Ben Jerad fausse compagnie à ses camarades et atterrit à l'Espérance sous l'influence de Zine Chennoufi, le gardien de but sang et or. L'aventure semble exaltante puisque le club présidé par Chedly Zouiten et entraîné par Hachemi Chérif joue les premiers rôles. Là, la mission devient plus rude. Boubaker Ben Jerad est réaliste et se contente de jouer en équipe réserve, témoignant de la suprématie des ténors de l'Espérance, champions deux saisons successives. Il peut néanmoins jubiler aux exploits de son camarade du lycée Alaoui, Ben Ezzedine, et de Feddou, Tlemçani, Haj Ali et autres Néji.    

L'aventure s'arrête donc en 1960, sans que le joueur puisse aller jusqu'au bout de son aspiration sportive. Boubaker Ben Jerad se consacre désormais à son travail à la chambre de commerce qui est en réalité son deuxième emploi - en 1958, il avait débuté au Secrétariat personnel de Bourguiba mais l'expérience avec Allala Laouiti n'a pas survécu au-delà de quatre jours, dont il fera don à la Présidence. Boubaker Ben Jerad retrouvera néanmoins le football quand Chedly Zouiten le sollicite pour suppléer au départ de Farina de la section administrative de la FTF après la bataille de Bizerte en 1961. Avec Ridha Ben Youssef, il constitue le tandem qui organise la vie de la FTF ; c'est à lui que reviennent surtout les affaires d'ordre financier.

Dès lors un autre rapport au football s'établit pour un homme constamment porté sur le spectacle et l'animation qui en résulte. A la FTF il côtoie des résonances fortes tels Hentati, Berrezouga, mais le départ précipité de Zouiten le frustre car il le prive d'un grand maître.

Il poursuit sa mission avec abnégation, mais tout en s'adaptant à l'approche Mzali (1962-64) et Mbazaa (1964-65). Avec Sadok Essoussi, il poursuit la même tâche pendant une année avant d'être désigné par la tutelle à la tête de la direction administrative de la fédération le 7 juillet 1966. Il part deux jours après à Londres pour vivre à ses frais la Coupe du monde et sa finale mémorable Angleterre - RFA. Il rentre avec des rêves et entend honorer sa nomination qui lui permet désormais de contribuer carrément dans les décisions qui touchent la gestion du football tunisien. Aux côtés d'un président qu'il compare à Zouiten pour sa profondeur et son élévation, il éprouve du plaisir à s'investir. A l'instar de tout le bureau fédéral, il cherche à effacer le revers essuyé par l'équipe de Tunisie en finale de la CAN, en 1965, à Tunis. Le départ de Sadok Essoussi pour incompatibilité avec la tutelle lui inspire de rompre lui aussi. II entame alors une nouvelle expérience comme secrétaire général de l'Espérance. Il est d’une grande utilité pour le club et son président Ali Zonaoui, au vu de sa large expérience. Son expérience acquise à la FTF à divers titres lui permet de traiter tous les cas avec maitrise. Il facilite ainsi la riche aux autres intervenants, notamment l'entraîneur qui n'est autre que son ancien camarade et équipier, Ben Ezzedine. Les résultats s'améliorent après une longue disette: finale de la Coupe en 1969 puis le titre de Champion en 1970.

Boubaker Ben Jerad est flatté de se trouver au milieu de cette belle dynamique et de voir l'Espérance remporter le sacre dix ans après son dernier couronnement sous la conduite de Ben Ezzedine. La saison 1970-71 se présente alors sous les meilleurs auspices pour Boubaker Ben Jerad et l'Espérance avec un doublé en point de mire mais tout bascule à la 2eme minute de la finale face au CSS. Les incidents qui suivent le match font mal à l'équipe dont la dissolution la prive d'un titre de champion fort promis.

Il évacue sa déception par sa réussite au concours qui l'habilitation au métier de transitaire. Sa carrière professionnelle l'oriente désormais vers un secteur dynamique et névralgique, et autrement maîtrisé que le football. Il poursuit néanmoins pour une saison à l'Espérance pour faciliter la tâche au nouveau président, Hassen Belkhoja, après la mort tragique d'Ali Zouaoui.

En 1972, Boubaker Ben Jerad réintègre la FTF et constate les dégâts de l'inconstance des bureaux fédéraux (quatre en quatre ans). Aux côtés de Béji Mestiri et Mustapha Amara, il s’emploie à réformer l'action fédérale. Le deuxième mandat le propulse secrétaire général mais à nouveau, la mode de la dissolution emporte le bureau, en février1975. Il se contentera dès lors d'observer le paysage footballistique tantôt admiratif, tantôt inquiet. Les derbies EST-CA le passionnent et le renouveau de la sélection conduite par Chétali l'impressionne. L'expédition en Coupe du monde 1978 en Argentine flatté son ego de Tunisien, de footballeur et de dirigeant. En revenant à la fédération en tant que trésorier général en 1979, il compte concourir pour que cette incursion internationale produise à long terme, mais encore une fois il doit déchanter en raison des divergences criardes entre Slim Aloulou et la tutelle et qui aboutissent au départ massif des membres fédéraux en 1980. Deux ans après, il reprend l'aventure avec l'espoir de faire mieux que le bureau sortant conduit par Ahmed Sahnoun Il suffira toutefois d'une mini-crise aux JM de Casa, en septembre 1983, pour que Boubaker Ben Jerad revit la mésaventure se la dissolution du bureau fédéral assortie du gel de la sélection, sans qu'aucune défaillance ne soit retenue contre les dirigeants ; ce qui amènera le tribunal administratif à débouter la tutelle.

Pendant trois ans Boubaker Ben Jerad vivra le football à distance, allant au stade quand l'affiche le séduit jusqu'à cette démangeaison accentuée par le désir de Slim Aloulou de revenir aux commandes. Convaincu par l'équipe et ses intentions, il se charge des finances avant de vivre une situation insolite. Au lendemain du revers essuyé à Dakar en juillet 1989, un remaniement est imposé par le ministère : Abdelwaheb Jmal remplace Slim Aloulou. Boubaker Ben Jerad concède à Kamel Ben Amor le poste et continue à mettre son expérience au service de la FTF avant de retrouver le secrétariat général, un an après l'intronisation de Moncef Chérif. Le mandat l'éveille sur les nouvelles contraintes et les adaptations qu'impose l'hégémonie des clubs.

L'assemblée générale de 1993 sollicite toute son énergie pour contrecarrer ses détracteurs désireux de l'éliminer au vote. Son élection a valeur de triomphe, mais le retour de Moncef Foudhaili à la présidence de la fédération ne s'accompagnera pas de la réussite escomptée: Waterloo à la CAN 94 qui emporte tout le bureau fédéral et dicte à Boubaker Ben Jerad de tirer définitivement la révérence. Il quitte la gestion du football à l'apogée de sa maturité sportive, 58 ans, et admet que l'époque s'écarte de plus en plus de son échelle de valeurs et de sa conception de la mission du dirigeant sportif. Il doit même s'interroger s'il n'a pas prolongé outre mesure sa présence dans le circuit en raison des désagréments vécus et qui sont indignes de son rang.

Depuis, Boubaker Ben Jerad se contente de suivre les activités sportives, et de commenter quand cela l'inspire, l'actualité footballistique tant en Tunisie que dans le monde, sans toutefois se reconnaître dans les nouvelles mœurs sportives, ou plutôt anti-sportives.

Mohamed Kilani


 

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