Édito: Faisons valoir nos atouts
Le monde changera beaucoup plus vite en 2026 ; la Tunisie peut-elle se permettre le luxe d’attendre ? Tout va s’accélérer : la recomposition géopolitique, la pression économique, l’aggravation des conflits, la dérégulation climatique, les avancées technologiques, les progrès en matière de santé et de biotechnologie et autres.
Alors, la Tunisie doit se repositionner rapidement, pour ne pas subir. Tout choc géopolitique ou économique mondial ne met aucun pays à l’abri de ses conséquences. Le rééquilibrage des forces dans un monde multipolaire ne saurait nous marginaliser. La décélération économique mondiale, avec sa cohorte de contraction des financements et de renchérissement des cours mondiaux, ne saurait nous exporter son inflation et ses taux d’enfer sur les marchés financiers, obérant le budget de l’Etat. La crise industrielle en Europe, notamment celle de l’industrie automobile fortement challengée par la production chinoise, ne doit point saper l’élan de notre appareil productif.
De nouveaux tickets sont à prendre. L’Europe se réveille face aux risques de guerre et engage son réarmement. La part de son PIB consacré à la défense / sécurité passe de 2 à 6%. Des niches nous sont ouvertes dans les produits mécatroniques et autres jusque-là destinés à l’automobile, la confection traditionnelle, les vêtements de sécurité / défense et la recherche-développement qu’entreprennent les startups…
La conquête de l’espace, militaire et civile, s’accélère. Vaisseaux et satellites sillonnent le ciel. La production de nanosatellites pour diverses utilisations, notamment l’agriculture et la communication, est à notre portée. Telnet l’a démontré. Des startups sont capables de développer des modules pour des équipements spatiaux. L’Agence spatiale européenne vient de décrocher des financements de 20 milliards d’euros pour 2026, et en réservera une bonne partie à des sous-traitants spécialisés.
S’amarrer aux grandes locomotives mondiales est facteur de développement. Ce que nous ne saurons faire tout seuls, nous pouvons le mutualiser avec d’autres partenaires. Recherche scientifique, technologies, santé, industrie et services à haute valeur ajoutée pourront se développer grâce à des associations mutuellement bénéfiques.
Ne ratons aucun virage, activons tous nos atouts. Accroissement de la production de l’énergie verte, réduction de la fracture numérique, développement d’applications innovantes de l’IA, modernisation de l’agriculture, renforcement des infrastructures, refonte du système éducatif et réforme de l’administration : tout accélérer.
Une nouvelle économie émerge en Tunisie. Pièce par pièce, la réarchitecture se met en place. Le concept, décrypté par le professeur Maher Gassab, s’articule autour de la primauté de l’Etat (par rapport au marché) et la priorité de l’équité (redistribution) par rapport à la croissance (création de richesse). Ce modèle «souverainiste et redistributif» repose sur la nouvelle Constitution (2022), de nouvelles lois (sur les chèques et les banques, en 2022, l’interdiction de la sous-traitance et du travail intérimaire, en 2025, et autres) et se dessine à travers le plan de développement 2026 -2030. En outre, un nouvel acteur fait son entrée de plain-pied : les sociétés communautaires.
Souveraineté et justice sociale, mais aussi besoin vital de croissance économique durable : un double défi à relever. Le tissu productif tunisien reste fragile : sur les 824 000 entreprises que compte le pays, près de 87,5% sont sans salariés (721 075 entreprises). La croissance économique de 3.3% en 2026 sera insuffisante. Les transferts sociaux demeureront importants. Le pays a grandement besoin de réforme globale et de nouveaux ressorts.
Les voies des possibles restent ouvertes. Repositionnement géopolitique, relance économique, investissement privé et innovation seront les maîtres-mots. Avec leur ingéniosité et leur ardeur, les Tunisiens sauront se redéployer, rebondir et créer de la richesse.
Bonne & Heureuse Année 2026.
Taoufik Habaieb
- Ecrire un commentaire
- Commenter